La puissance de l’intelligible

La puissance de l’intelligible: La théorie plotinienne des Formes au miroir de l’héritage médioplatonicien

Alexandra Michalewski
Volume: 51
Copyright Date: 2014
Published by: Leuven University Press
Pages: 280
https://www.jstor.org/stable/j.ctt14jxskd
  • Cite this Item
  • Book Info
    La puissance de l’intelligible
    Book Description:

    La nature des Formes intelligibles d’Antiochus à Plotin. L’ouvrage propose une histoire de l’interprétation de la nature des Formes intelligibles d’Antiochus à Plotin. Il met en lumière l’importance du refus plotinien de l’artificialisme médioplatonicien qui considère les Formes comme des pensées du dieu et subordonne leur causalité à celle du démiurge, fabricant du monde. En considérant les Formes comme des réalités vivantes et intellectives, Plotin bouleverse le sens de la causalité paradigmatique de l’intelligible. Il reprend les concepts de la théologie aristotélicienne, les détourne et les met au service d’une théorie de la causalité des intelligibles qui répond aux objections du Stagirite contre l’hypothèse des Formes. S’appuyant sur l’identité de l’intellect et des intelligibles, il montre que c’est précisément en restant en elles-mêmes que les Formes exercent une puissance générative, productrice du sensible. The nature of intelligible Forms from Antiochus to Plotinus. The nature of intelligible Forms received different interpretations from various ancient Platonists. This book sketches the history of these interpretations from Antiochus to Plotinus and shows the radical transformation this theory underwent in the hands of the latter. Pre-Plotinian Platonists considered the Forms as “thoughts of god” and made the causal role of the Forms depend on the craftsman-god. Plotinus rejected this “artificialist” model. Instead he considered the Forms as living and intellective realities and thereby turned the paradigmatic causality of the intelligible on its head. The Forms are themselves active and the demiurge is no longer needed as a causal agent separate from the Forms. Plotinus incorporated key concepts of Aristotelian theology and included them in a doctrine of the causality of the Forms, thus overcoming Aristotle’s objections against Platonic Forms.

    eISBN: 978-94-6166-170-8
    Subjects: Philosophy

Table of Contents

  1. Front Matter
    (pp. I-IV)
  2. Table of Contents
    (pp. V-X)
  3. INTRODUCTION
    (pp. 1-6)

    Plotin, tout au long de ses traités, exhorte son lecteur à ne pas limiter son désir à la seule contemplation de l’intelligible, mais à aller encore au-delà, à la recherche du premier principe, absolument simple, source du rayonnement et de la fécondité du monde intelligible. Davantage qu’un dépassement de l’ontologie, ce qui est en jeu dans lesEnnéades, c’est une quête montrant l’origine de la puissance du monde intelligible. L’Un, au-delà de toutes choses, n’est pas un principe qui surplombe l’être pour le ravaler à un rang second. D’une autre nature que l’être, il est ce qui rend possible sa...

  4. PREMIÈRE PARTIE: LE DÉMIURGE ET LES FORMES DANS LE MÉDIOPLATONISME
    • I. QU’EST-CE QUE LE MÉDIOPLATONISME?
      (pp. 9-46)

      Fixer une époque philosophique dans l’unité d’une catégorie a toujours quelque chose d’artificiel. Cela est particulièrement le cas s’agissant du médioplatonisme, qui ne constitue pas un bloc homogène de doctrines¹ et dont l’analyse est compliquée par la disparition d’une grande partie du corpus. De la fin du premier siècle avant J.-C. jusqu’à Plotin, une pluralité de facteurs institutionnels, politiques et culturels, a contribué à en dessiner les contours. La fermeture de l’académie due aux guerres civiles, la fin de la République et les débuts de l’empire, les mutations religieuses qui accompagnèrent ces changements politiques, constituent l’arrière-plan sur lequel le platonisme...

    • II. CAUSALITÉ DU DIEU ET DES FORMES
      (pp. 47-68)

      L’élévation des Formes au rang de principes cosmologiques est liée à l’interprétation artificialiste duTimée: le monde des Formes est le modèle vers lequel le démiurge tourne son regard pour produire le monde sensible qui en est l’image. Cette triade principielle est la marque de fabrique du médioplatonisme¹. Elle est en rupture avec l’interprétation dualiste de la physique platonicienne qui avait cours à l’époque hellénistique². La matière et le dieu deviennent très rapidement, au sein de l’académie³, des déterminations standard pour parler des principes platoniciens⁴ et la doxographie se fera longtemps l’écho de cette présentation⁵. La lecture bi-principielle de...

    • III. LES FORMES, PENSÉES DU DIEU
      (pp. 69-96)

      L’une des difficultés de la théologie médioplatonicienne réside dans la tension entre la définition des Formes comme réalités primordiales, principes de la cosmologie, et comme paradigmes, dont la causalité est subordonnée à l’activité productrice du dieu. Un fragment d’Aëtius rapporte que le démiurge est une cause qui l’emporte en dignité et en puissance sur toutes les autres, « la plus importante des causes »¹. C’est la définition médioplatonicienne des Formes comme « pensées du dieu » qui a concentré les enjeux majeurs de la tension entre les fonctions causale et principielle des Formes. Cette formule a fait couler beaucoup d’encre...

  5. SECONDE PARTIE: PLOTIN
    • I. DE L’UN À L’INTELLECT
      (pp. 99-136)

      Plotin rompt avec les lectures médioplatoniciennes de Platon qui interprètent le démiurge comme une réalité distincte des Formes. Le monde intelligible est constitué de Formes qui sont des intellects singuliers, dont la totalité réalise une unité vivante et organique. Celles-ci ne sont pas seulement intérieures à l’Intellect, elles en constituent l’essence même : identiques à lui, elles possèdent l’être, la vie et la pensée. Aspects de l’Intellect total, elles l’expriment chacune depuis un point de vue particulier. Une telle doctrine fait de Plotin bien davantage que le simple continuateur d’un courant qui défendait l’inclusion des Formes dans l’Intellect divin¹ :il...

    • II. L’INTELLECT ET LE MONDE INTELLIGIBLE
      (pp. 137-184)

      Entre l’Un et la multiplicité intelligible, le nombre essentiel joue un rôle-clé. Tout à la fois ce qui divise l’être et ce qui assure sa cohésion interne, il est à la racine de la genèse des Formes qui sont elles-mêmes des nombres¹. Les analyses du traité 34 (vi, 6) sur le nombre préparent les développements du traité 38 (vi, 7) concernant la nature des Formes et la genèse de l’Intellect. La théorie plotinienne du nombre, qui est presque entièrement démathématisée, a essentiellement un rôle métaphy­sique². La place centrale que lui a donnée Porphyre au sein de la dernièreEnnéadeest...

    • III. LE DÉMIURGE
      (pp. 185-220)

      La question de la communication des déterminations intelligibles au monde sensible était liée, dans le médioplatonisme, à celle de l’exercice de la causalité dé­miurgique duTimée: contemplant le paradigme, l’artisan divin impose l’ordre dans le désordre élémentaire. La discontinuité entre le sensible et l’intelligible exige l’intervention d’une fonction démiurgique pour rendre compte de la production du monde et de la participation. La mise en ordre des éléments est le pont jeté sur le dualisme initial opposant la puissance intelligible à la matière. La question de la participation, mise à mal par les apories de la première partie duParménide,...

  6. CONCLUSION
    (pp. 221-224)

    L’interprétation artificialiste de la cosmologie duTimée, caractéristique du médioplatonisme, faisait partie d’une stratégie interprétative générale visant à contester l’immanence des principes de la physique stoïcienne. Le médioplatonisme correspond à ce moment de l’histoire de la philosophie où les Formes sont définies principalement comme des principes et des causes de l’univers. Mais si elles acquièrent alors un statut principiel, leur importance causale, en tant que paradigmes contemplés par le démiurge, reste toujours subordonnée à celle du dieu. Cet écart entre leurs fonctions principielle et causale, qui est le revers de l’artificialisme, se manifeste dans la polyvalence des significations de la...

  7. INDEX LOCORUM
    (pp. 225-236)
  8. BIBLIOGRAPHIE
    (pp. 237-264)
  9. Back Matter
    (pp. 265-270)