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De l’autre côté du Jourdain

De l’autre côté du Jourdain

MARGARET LAURENCE
Copyright Date: 2015
https://www.jstor.org/stable/j.ctt15nmj9g
  • Book Info
    De l’autre côté du Jourdain
    Book Description:

    Ghana, 1956. Nous sommes à la veille de l'indépendance. Nathaniel Amegbe est professeur dans une école ghanéenne plutôt médiocre. Johnnie Kestoe est comptable dans une firme textile britannique à Accra. Les deux hommes s'affronteront autour de la question de l'« africanisation », cette politique de passation des responsabilités entre Britanniques et Ghanéens.

    De l'autre côté du Jourdainest le premier roman de Margaret Laurence, cette matriarche de la littérature. Cette traduction est une invitation à découvrir une facette méconnue de l'œuvre d'une grande écrivaine qui, pendant son séjour en Afrique de 1950 à 1956, a su capter tout l'espoir et les bouleversements imposés par les indépendances africaines à l'ordre du monde.

    Mais avant tout, il s'agit d'une invitation à découvrir une Afrique fébrile, des personnages attachants, le tout écrit avec un talent incontestable, dans une pluralité de voix à couper le souffle.

    Réflexion sur l'indépendance, tant intérieure que politique,De l'autre côté du Jourdainannonçait déjà les grands romans emblématiques de Laurence, dont,L'ange de pierreetLes devins.

    eISBN: 978-2-7603-2251-6
    Subjects: Language & Literature

Table of Contents

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  1. Front Matter
    (pp. i-iv)
  2. Préface Traduire: « A Labour of Love » pour Margaret Laurence
    (pp. v-4)
    Caroline Lavoie
  3. 1
    (pp. 5-20)

    Un orchestre de six jeunes musiciens jouait lefire highlifeà un rythme aussi effréné que celui de l’amour. Et Johnnie Kestoe, qui n’aimait guère les Africains, dansait lehighlifeavec une Africaine.

    Affichant un sourire rouge vif, Charity s’amusait des efforts de Johnnie pour suivre le rythme en secouant ses épaules et ses flancs d’Européen. Charity dansait avec agilité, en balançant harmonieusement ses hanches au galbe rebondi et sa généreuse croupe. Sa jeune poitrine plantureuse, pas encore ruinée par les enfants et à peine retenue par son chemisier rose, se soulevait et s’affaissait comme si elle respirait la musique....

  4. 2
    (pp. 21-38)

    Habité il n’y avait pas si longtemps, le bâtiment servait désormais d’école. Sous l’assaut de la chaleur épaisse et des vents salés, il s’arquait, se déformait, pourrissait, tombait en ruines un peu plus chaque année. Des volets de bois tout tordus battaient aux fenêtres. Les murs portaient les traces suintantes de la décoloration que cause le temps. L’école était comme une carcasse qu’on aurait laissée se décomposer à l’air libre. Le soleil, l’eau salée et le vent finiraient bien par en avoir raison, mais le processus de décomposition était hideux et fétide.

    Sur la face de la piteuse dépouille était...

  5. 3
    (pp. 39-66)

    Les échantillons de tissu sont arrivés de Londres, annonça Johnnie. Cooper a pensé que vous voudriez en être informé tout de suite.

    Oui, bien sûr, répliqua James Thayer avec enthousiasme. Je pense que je vais même aller faire un petit tour en bas. Vous m’accompagnez? Ça pourrait être intéressant.

    Johnnie et son patron descendirent l’escalier à rampe de fer. La matinée s’annonçait bien remplie à l’étage du textile. Déjà, les marchandes se bousculaient dans les allées étroites, leurs pieds nus ou leurs sandales tapant doucement sur le plancher de bois grisâtre et usé. Elles achetaient du tissu en gros, pour...

  6. 4
    (pp. 67-90)

    Le soleil consumait tout. Cercle d’or, image de Nyankopon, lançant ses flèches de vie sur l’homme et sur le feuillage, flétrissant la vie qu’il donne pourtant. Le soleil était partout et les hommes, mourant de mille petites morts sous ses rayons, s’en détournaient pour faire la sieste.

    Rares étaient ceux qui osaient braver le Seigneur de la Création, vaguement conscients de cette bravade, les os liquéfiés, le cerveau fondant dans le feu doré du soleil à son zénith.

    Assis à son bureau, Nathaniel luttait contre le sommeil et tâchait de se concentrer. Il fi ait Jacob Abraham Mensah, mais sans...

  7. 5
    (pp. 91-102)

    La ville lui était de plus en plus familière. Johnnie ne se retournait plus dans la rue pour dévisager les mendiants aux yeux vides ou pour suivre du regard les marchandes portant un panier sur la tête et un bébé sur le dos. N’importe quel endroit devient banal si on y vit pendant assez longtemps.

    Mais l’Afrique commençait à intriguer son regard de plus en plus averti.

    Un dimanche matin, les rues étaient presque vides quand Johnnie s’arrêta chez Saleh pour acheter des cigarettes. L’échoppe du Syrien n’était pas tant une construction qu’un être végétal, une sorte de monstrueux baobab...

  8. 6
    (pp. 103-124)

    La présence d’Akosua semblait apaiser Adua, qui n’insista plus pour qu’Aya rentre au village. Celle-ci ne dit plus mot de l’hôpital. La soeur de Nathaniel n’envoya aucune autre lettre. Pour un temps, Nathaniel se convainquit presque que sa famille avait enfin accepté sa vie en ville et la naissance de son enfant dans cette cité étrangère. Mais l’accalmie ne voulait rien dire, seulement qu’une autre vague était en train de prendre de l’élan et qu’elle n’allait pas tarder à déferler.

    Les taxis-brousse cabriolaient et s’entrechoquaient dans leur trajet entre la région Ashanti et la côte, chargés de cacao, de bananes...

  9. 7
    (pp. 125-136)

    Sans lune, sans le moindre souffle de vent, la nuit était soyeuse et étouffante comme la sensation qu’aurait produite un morceau de velours noir sur le visage. Johnnie monta les marches en bois du bungalow des Cunningham. Même dans la lumière feutrée qui l’éclairait, l’âge du bâtiment n’était que trop apparent. Des volets tout de travers recouvraient des ouvertures aussi menues que des fenêtres de prison. Les colonnes carrées, jaunâtres, étaient rongées par les éléments. Des arbustes plantés il y avait des lustres étaient pratiquement retournés à l’état sauvage et formaient une jungle miniature. Un enchevêtrement de bougainvilliers, dont les...

  10. 8
    (pp. 137-150)

    Le dimanche, on avait l’habitude des repas au cari. L’authentique cari de la côte était un mets imposant d’agneau ou de veau si piquant que même les papilles les plus hardies réclamaient de la bière froide comme antidote. Des ingrédients finement coupés ou râpés servaient d’accompagnement: arachides, noix de coco, piments verts, bananes, papayes, tomates, oignons, gombos, oranges, ananas et toutes sortes d’autres amuse-gueules sortis de l’imagination du cuisinier. Celui des Cunningham était particulièrement doué pour le cari, talent dont Helen tirait fort habilement parti. Ce dimanche-là, comme d’habitude, les voitures commencèrent à arriver chez les Cunningham vers onze heures...

  11. 9
    (pp. 151-174)

    Même s’il ne s’y attendait pas, Nathaniel revit Miranda Kestoe. Et cette fois, de tous les endroits les plus inattendus, il la rencontra à un cocktail d’Européens auquel il assistait. Il s’y était retrouvé presque par hasard.

    Victor l’avait présenté à Eric Banning, un Américain qui étudiait le langage des tam-tams. Nathaniel avait presque tout oublié ce que son père, le Kyerema, lui avait enseigné, mais Banning fut content du peu qu’il put lui en dire. L’Américain n’aurait jamais pensé que Nathaniel puisse se sentir mal à l’aise dans ce genre de réceptions. Quant à Nathaniel, il éprouvait des sentiments...

  12. 10
    (pp. 175-186)

    Johnnie remplit deux autres verres d’un peu de whiskey et d’une bonne dose de soda. Ils avaient bu avec modération et avec lenteur. Aucun des deux ne voulait en dire plus qu’il ne fallait. Et pourtant, ils s’étaient parlé comme de vieux camarades.

    Cameron Sheppard n’avait aucune des qualités que Johnnie avait un jour admirées chez James et Bedford. C’est pour une autre raison qu’on appréciait cet homme-là: il savait exactement ce qu’il voulait et s’arrangeait pour l’obtenir de façon méthodique et scientifique, sans le moindre scrupule. Il ne se demandait pas si une chose était bonne ou mauvaise. Il...

  13. 11
    (pp. 187-204)

    Le bureau du directeur contrastait fortement avec le reste de l’Académie Futura. Si les classes n’étaient que de tristes squelettes de bois et de plâtre qui tombaient en poussière, le bureau de Jacob Abraham était quant à lui un sanctuaire d’homme fortuné, soigné et reluisant.

    Son bureau massif et ses fauteuils étaient en ofram, ce bois coûteux de couleur pâle élégamment strié de noir. Un tapis de laine indienne aux dessins couleur d’azur et de prune caressait les pieds, même chaussés. L’air tout aussi cossu, les bibliothèques débordaient de volumes de l’Encyclopædia Britannicafinement reliés, d’atlas de prix et de...

  14. 12
    (pp. 205-236)

    Kumi et Awuletey avaient promis de parler à Nathaniel juste après l’entrevue. Il attendit donc dans son bureau jusqu’à six heures du soir, en vain. Il finit par rentrer chez lui.

    — Qu’est-ce qui ne va pas? demanda Aya aussitôt qu’elle le vit.

    — Rien, rien du tout, marmonna-t-il.

    — Quelque chose te gêne, je le vois bien.

    — Ce n’est rien ! insista-t-il avec une impatience croissante. C’est toi qui me gênes avec tes questions stupides.

    Aya, offusquée, se détourna et ne lui adressa plus la parole de toute la soirée. Akosua fit une référence morose au danger de...

  15. 13
    (pp. 237-250)

    Johnnie se réveilla à l’aube au son du cocorico des jeunes coqs. Sans bouger, il tendit l’oreille. Grincement rauque d’une porte qu’on ouvre lentement, bougonnements râpeux de Whiskey, blâmant ses deux femmes pour son infertilité à lui. Pieds nus traînant dans l’enceinte. Clé cliquetant dans la porte de la cuisine, bruits outrés comme des cymbales qui s’entrechoquent, Whiskey attaquant le réchaud à kérosène et le défiant d’oser ne pas s’allumer. Et pendant tout ce temps, sa complainte répétée : « Pourquoi Dieu donne tout aux autres, et à moi rien? Pourquoi il fait ça, à moi? »

    Du logement des...

  16. 14
    (pp. 251-268)

    La nuit était assez avancée quand Aya réveilla Nathaniel. Ses contractions duraient déjà depuis une heure ou deux. Au début, elle n’était pas certaine que le moment fût venu, mais à présent, la douleur se faisait de plus en plus forte.

    Nathaniel scruta le visage de sa femme et y vit de la peur. Aya détourna les yeux. Il lui demanda ce dont elle avait peur.

    — Pas du bébé, répondit-elle. Je n’ai pas peur du bébé.

    — De quoi as-tu peur, alors?

    — De l’hôpital, avoua-t-elle. Je ne veux pas y aller, Nathaniel.

    Une autre contraction se fit sentir....

  17. 15
    (pp. 269-282)

    Le jour où il avait accompagné Aya à l’église, puis encore une fois à la naissance de son fils, Nathaniel avait ressenti une grande envie de rester en ville. En ville, là où on pouvait croire qu’il y avait un avenir, même pour soi, et qu’il était possible de le toucher, cet avenir.

    Pourtant, Nathaniel n’était pas un homme d’avenir: il n’arrivait pas à s’y projeter. C’était un homme simple, pas fait pour les batailles de l’esprit. Et quand il tentait de réfléchir à tout ça, il n’arrivait qu’à se donner un mal de tête.

    Jacob Abraham Mensah venait tout...

  18. 16
    (pp. 283-284)

    Nathaniel souleva son fils et le porta jusqu’à son seuil. Devant lui, la ville étalait ses tentacules mous, comme un pêcheur géant ou un colossal producteur de cacao épuisé par son travail. Des maisons brunes et jaunes s’étendaient le long de la rive. La nuit n’était pas encore tombée, les lampadaires pas encore allumés, les tam-tams commençaient à peine à faire entendre leur rythme nocturne. Aux étals, les marchandes vendaient toujours des boules dekenkeytoutes chaudes et des oranges pelées. On pouvait sentir l’odeur de sucreries qu’on faisait frire sur des poêles au charbon. Les taxis-brousse klaxonnaient. C’était la...

  19. Back Matter
    (pp. 285-285)