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Le Carnaval du quotidien

Le Carnaval du quotidien

CAROL SHIELDS
Traduit de l’anglais (Canada) par Élise Fournier Lévêque
Copyright Date: 2014
Pages: 228
https://www.jstor.org/stable/j.ctt5vkc1k
  • Book Info
    Le Carnaval du quotidien
    Book Description:

    Le Carnaval du quotidien, version française deDressing up for the Carnival, est le troisième et dernier recueil de nouvelles de Carol Shields. Les nouvelles de Shields dévoilent le côté ludique et l'imagination féconde de cette grande dame de la littérature canadienne. Une grève de météorologistes provoque une suspension totale du climat (Acclimatement). Le gouvernement instaure une taxe sur les fenêtres qui incite la population à se replier dans la noirceur en recouvrant toutes les surfaces vitreuses des demeures (Fenêtres). Stop! aborde la réclusion d'une reine qui est allergique à tout, même à la marche du temps. Reportage porte sur la découverte d'un amphithéâtre romain au Manitoba qui transforme l'économie locale. On rencontre également Titus, un berger de l'Antiquité, qui invente la rêverie dans la nouvelle intitulée Invention. D'une nouvelle à l'autre, le lecteur est invité dans l'univers de Shields où la vie est synonyme de spectacle et le quotidien n'est ni banal ni ordinaire.

    eISBN: 978-2-7603-0816-9
    Subjects: Language & Literature

Table of Contents

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  1. Front Matter
    (pp. i-iv)
  2. Préface
    (pp. v-xiv)
    Élise Fournier Lévêque
  3. Tableaux carnavalesques
    (pp. 1-8)

    D’un bout à l’autre de la ville, les gens enfi lent leur costume.

    Tamara a ouvert la porte de sa garde-robe à toute volée. Elle adore ses vêtements. Elleconnaîtses vêtements. À la voir faire, on ne peut s’empêcher d’être attendri. C’est son moment favori de la journée : debout devant sa garde-robe, encore un peu étourdie après une longue nuit de sommeil agité, elle se mord la lèvre, regarde la tringle encombrée de vêtements et réfléchit longuement avant de jeter son dévolu sur l’un de ceux-ci.

    Ça y est ! La jupe de coton jaune avec ses grandes...

  4. Le foulard
    (pp. 9-24)

    Il y a deux ans de cela, l’éditeur de mon roman organisa une tournée de promotion dans trois villes, soit New York, Washington et Baltimore. Un effort publicitaire bien modeste, direz-vous, mais les éditions Scribano & Lawrence ne savaient pas trop quoi faire de moi. Il s’agissait de mon tout premier roman. J’étais une femme dans la quarantaine, d’allure on ne peut plus banale et je n’avais pas vraiment le tour avec les médias. En fait, l’infime réputation dont je jouissais était plutôt en tant qu’éditrice et universitaire, mais certainement pas, à la grande surprise de tous, en tant qu’auteure...

  5. Acclimatement
    (pp. 25-32)

    Mon mari revint du boulot de mauvais poil. Il avait été surpris par une averse pendant qu’il revenait au village en voiture et, comme d’habitude, la pluie avait trouvé le moyen de s’infiltrer dans les bougies d’allumage de la vieille bagnole. Il dut se garer à deux reprises le long de la route afin d’ouvrir le capot et d’éponger le chapeau d’allumage

    À son arrivée, il était trempé jusqu’aux os et ce qui lui restait de cheveux collait à son crâne, n’améliorant en rien son air grognon. Il grimpa les escaliers à l’arrière de la maison en maugréant. Comble de...

  6. Les galettes: variétés et usages
    (pp. 33-36)

    La galette traditionnelle se fait à base de farine, de graisse, d’eau calme et de sel. La farine habituellement employée sur nos îles provient dubjøerne,de l’orge locale très foncée et riche, dont le grain dépasse en longueur l’orge d’Ailleurs. Les jeunes garçons des îles récoltent lebjøerneen plein été ou vers la fin de celui-ci, selon le vent et les conditions météorologiques. On vanne ensuite l’orge pendant les trois jours qui suivent la nuit de la Saint-Ulaf, à l’exception des années où la pleine lune précède les saintes oblations traditionnelles. Dans ces rares occasions, on peut procéder...

  7. Mourir d’amour
    (pp. 37-46)

    Ce matin, mes premières pensées se tournent vers Beth. Comment diable va-t-elle se remettre du départ de Tom, maintenant qu’il l’a quittée pour Charlotte Brown, une danseuse ? Je me demande quelles ressources possède une femme comme Beth, quelles ressources psychologiques ? Arriverat-elle à survivre aux premiers jours et aux premières nuits ? Celles-ci seront sans doute particulièrement éprouvantes, longues et lourdes.

    Ils ont été ensemble quatre ans, presque cinq, peut-être même plus. Suffisamment de temps pour collectionner les habitudes. Surtout des habitudes de nuit, moment où les corps et leurs routines observent de stricts rites de peau lavée et...

  8. Mes consorts
    (pp. 47-54)

    À l’heure qu’il est, tout le monde a lu le numéro du printemps de la revueFicto-Factionsdans lequel un certain ou une certaine G. T. A. résume, à la page cent quarante-sept, les différents exposés qui ont été présentés lors de la conférence NWUS sur la narrativité et la notation. Posez votre doigt sur le troisième paragraphe, faites-le glisser jusqu’au milieu et vous verrez que l’habile et l’androgyne G. T. A. cite mon nom. Le passage sur « la nouvelle théorie narratologique avancée à la NWUS qui illustre les paradigmes intemporels de monsieur L. Porter et consorts.»

    Il se...

  9. Stop !
    (pp. 55-58)

    La Reine s’est éclipsée. Qui plus est, à la période où la cour bat son plein, vu que le Bal de l’Amiral et le Pique-nique public approchent à grands pas. Nul ne sait où elle se cache. Estelle partie à la mer ? Impensable ! Une personne aussi sensible au sel de mer, au sable, à l’oyat et à la toile rayée ne s’aventure pas à la plage. Mais alors, où ? Il y avait un temps où, vers la fin de chaque été, elle faisait un séjour à la montagne. Elle disait aimer la fraîcheur, la grandeur. Maintenant, ses...

  10. Miroirs
    (pp. 59-70)

    Lorsqu’il songe aux personnes qu’il a connues au cours de sa vie, il constate que bon nombre d’entre elles semblent avoir cultivé une étrange forme d’ascétisme ou s’être livrées à un acte quelconque de renoncement. Elles se privent de sucre. De viande. De journaux. De cravates. Elles se débarrassent de leur deuxième voiture ou débranchent la télévision. Elles se font un point d’honneur de rester à la maison les dimanches soirs ou d’avoir tiré une croix sur les insecticides. Bref, elles cernent un objet qui trahit un conflit dans leur vie, qui va droit au cœur de leurs habitudes et...

  11. La harpe
    (pp. 71-74)

    Une harpe tomba. Je vis sa chute, mais je ne reconnus pas l’objet. Ce n’était pour moi qu’un bloc de matière solide vaguement triangulaire, unechosedont la silhouette se détachait de la voûte urbaine ; elle demeura suspendue dans les airs l’espace d’une seconde comme la forme évidée d’un pochoir aux contours tranchants, plus une absence qu’un véritable objet de masse et de substance. Elle projeta lors de sa chute un unique rayon d’or, un détail qui me revint à l’esprit seulement après coup.

    Tout le monde s’immobilisa pour l’observer, chose assez étonnante dans une grande ville, et surtout...

  12. Nos experts
    (pp. 75-82)

    Ce matin, notre expert des séismes se lève à la pointe du jour. Il salue la douce aurore en levant son verre de jus d’orange d’un geste contemplatif. « Bonjour, petite Terre, fredonne-t-il tout bas. Eh bien ! tu es toujours là. »

    Avant de déjeuner, il téléphone au Centre sismologique. « Pas grand nouveau, lui annonce-t-on, quelques grondements pendant la nuit, rien de plus. »

    Pendant la nuit ? Vraiment ?

    Il s’en veut d’avoir raté ces vagues terrestres, mais ce regret est si faible – voire négligeable – qu’il le ravale en même temps que ses comprimés de vitamine C....

  13. Clés
    (pp. 83-92)

    La semaine dernière, Biff Monkhouse, l’homme qui fit connaître le bebop en Europe, s’évanouit dans le hall de l’hôtel George V, à Paris, et rendit l’âme. Sa vie avait été parsemée de réussites et d’échecs, d’amour et d’absence d’amour. Il était reconnu pour son look de dandy rebelle qui semblait faire office de placard autopublicitaire : voyez comme je transcende les époques, les nationalités, les classes sociales et le sexe.

    Sur son corps, on ne trouva ni passeport ni portefeuille.

    Sur son corps, on ne trouva ni pièces de monnaie, ni photos, ni reçus, ni lettres, ni listes.

    Sur son...

  14. Absence
    (pp. 93-96)

    Elle se lève tôt, avale une tasse de café corsé sans sucre et prend place devant son écran. Elle a un aperçu assez flou de ce qu’elle veut composer : une nouvelle mettant en scène une jeune enfant, une fougère, une pomme jaune et un berceau bleu tout menu. Cependant, au bout de quelques mots, elle remarque qu’une des touches est défectueuse. Par malheur, c’est une voyelle, la seule pouvant représenter l’ego³.

    Naturellement, elle est sans le sou et n’a pas de compagnon capable de résoudre ce problème pour elle. Dans un tel cas, bon nombre de femmes ont le...

  15. Fenêtres
    (pp. 97-106)

    Dans les premiers temps qui suivirent l’instauration de la taxe sur les fenêtres, M.-J. avait coutume de me dire :

    — Arrête de râler. Va falloir t’y faire. Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Et cetera.

    Je me souviens d’avoir pensé, à l’époque, que cette loi ne bouleverserait pas forcément nos vies, tant et aussi longtemps que nous avions de l’électricité pour éclairer nos journées et nos nuits, ou faute de quoi, des bougies et des lampes à l’huile. Mais j’avais pressenti que notre travail finirait par en souffrir.

    — N’oublie pas que le choix nous...

  16. Reportage
    (pp. 107-114)

    Depuis la découverte d’un amphithéâtre romain dans le sud-est du Manitoba, l’économie de cette microrégion était devenue méconnaissable. Les légendaires fermes de blé qui jadis portaient avec fierté leur vieux nom de famille déclarèrent faillite de bon gré et leurs propriétaires les virent volontiers partir en fumée. Les champs plats et dorés qui auparavant produisaient quarante boisseaux l’acre étaient maintenant consacrés au tourisme.

    La vieille ferme Orchard, à la sortie de l’autoroute 12, incarnait à merveille cette métamorphose. Un mercredi, je rendis visite à M. Orchard dans la maison ensoleillée de style ranch qu’il habitait en compagnie de ses deux...

  17. Edith-Esther
    (pp. 115-128)

    L’année dernière, le biographe d’Edith-Esther prit l’habitude de l’appeler à tout bout de champ pour discuter de la question de Dieu.

    Il l’appelait généralement tôt le matin, à l’heure où elle chassait ses rêves nocturnes et frottait ses yeux plissés en les invitant à s’ouvrir. Elle saisissait alors sa robe de chambre et subissait son éternelle quinte de toux matinale.

    Au fil des interrogations, elle avait remarqué qu’il tendait à balancer entre l’acharnement et la cajolerie, dépendant du rythme auquel avançait le livre et de l’humeur qu’il percevait chez Edith-Esther. « C’est vraiment intrigant, dit-il un matin en ronronnant dans...

  18. Une nouvelle musique
    (pp. 129-138)

    Elle avait vingt et un ans le jour où il fit sa rencontre. Elle était sagement assise à ses côtés dans le métro de la ligne Piccadilly en direction de Kensington Sud. C’était au beau milieu de l’après-midi. Comme toutes les autres jeunes femmes de Londres, elle était vêtue de pied en cap de noir monochrome. Elle tenait sur ses genoux un sac de cuir à bandoulière, le genre de sac que lui aurait donné un papa gâteau, probablement un avocat. Ce n’est que plus tard qu’il découvrit à quel point il avait tapé dans le mille, sauf qu’au lieu...

  19. Soupe du jour
    (pp. 139-146)

    De nos jours, tout le monde vante les plaisirs de la vie quotidienne. Les couchers de soleil. Les pissenlits. Rester chez soi dans le refuge de sa cour arrière. La semaine dernière, Herb Rhinelander a déclaré dans sa chronique nationale : « L’essentiel est dans le quotidien. Les gens s’enivrent du manège monotone de la routine, ils trempent leur pain quotidien dans la soupe des petits plaisirs et des sensations simples. »

    On envoie un enfant de dix ans acheter du céleri au magasin du coin et ce petit fait isolé, avec toute sa gamme d’odeurs, de bruits et de...

  20. Invention
    (pp. 147-156)

    Ma grand-mère est connue pour avoir inventé lecouvrevolant.

    L’amour en était l’inspiration. Elle adorait son jeune mari et le traitait aux petits oignons. Son invention se voulait un gage de cet amour. Elle n’apprit jamais à conduire et se faisait un sang d’encre, l’hiver, quand elle voyait les mains gantées de mon grand-père glisser sur le volant – notre pays en est un de longs et rudes hivers, de routes glacées et de dangers qui nous guettent à chaque virage. Quand grand-papa était obligé de retirer ses gants pour mieux se cramponner au volant, le froid tournait vite ses jointures...

  21. La mort d’un artiste
    (pp. 157-162)

    Le vieil homme est mort.

    Du moins, il semble mort. Il gît là, blotti dans un repos de chêne, son corps inerte partiellement couvert d’une courtepointe ; le couvercle du cercueil est rembourré et orné de rubans et de fleurs. Les gens défilent devant le corps, l’examinent et notent combien il se ressemble. Voilà son dernier masque.

    En fait, son visage semble plus charnu et renfrogné qu’il ne le paraissait à l’écran : des traits noueux et préhistoriques, un nez de voyou, de longues oreilles osseuses aux lobes blancs, des lèvres charnues et une langue qui lui fit parfois défaut...

  22. Le prochain baiser
    (pp. 163-180)

    Todd et Sandy se fréquentaient depuis quelques semaines seulement et Sandy savait qu’ils étaient sur le point de se dire adieu.

    Cette chose qu’ils avaient partagée était comme un épisode d’une série télévisée. Un mini film, aurait dit Todd, un scénario, un sketch. Un million de mots avaient volé entre eux, mais aucune promesse ou déclaration, et Sandy pressentait que Todd et elle se consumaient à chaque minute qui passait, une voix loquace qui buvait l’autre jusqu’à la lie.

    Ils étaient tous deux des moulins à paroles. En fait, il serait plus juste de dire qu’ils se sentaient obligés de...

  23. Éros
    (pp. 181-194)

    Un soir, Ann assista à une soirée où la conversation dévia sur le thème de la sexualité. Quels facteurs éveillent l’être sexuel ? Et à quel moment soupçonne-t-on la réciprocité du désir ?

    L’homme assis à ses côtés débattait le sujet avec autorité. « De nos jours, dit-il, l’acte sexuel exige une parure verbale. Les autres créatures, c’est-à-dire les créatures moins évoluées, laissent l’instinct guider leur sexualité, tandis que les humains ont tant évolué qu’ils se voient contraints de disséquer toute sensation naturelle. Un phénomène de surraffinement culturel. Il arrive même que certaines personnes, l’esprit obnubilé par leurs recherches mathématiques...

  24. Tableaux nus
    (pp. 195-210)

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que mon grand-père a poussé un peu loin l’idée de rester au naturel.

    C’était un activiste social de renommée nationale, en plus d’être le premier nudiste sérieux du sud de l’Ontario et le fondateur du Sunshine Club – un club au bord du lac Simcoe, au nord de Toronto, qui non seulement existe encore, mais connaît un franc succès. Vous reconnaîtrez immédiatement son nom, si vous êtes le moindrement à jour dans votre histoire du vingtième siècle.

    Sa biographie est parue trop tard pour qu’il puisse donner ses propres impressions ou défendre ses croyances...

  25. Table of Contents
    (pp. 211-212)
  26. Back Matter
    (pp. 213-213)