L’incontournable caste des femmes

L’incontournable caste des femmes: histoire des services de santé au Québec et au Canada

Sous la direction de Marie-Claude Thifault
Copyright Date: 2012
Pages: 372
https://www.jstor.org/stable/j.ctt5vkcn8
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    L’incontournable caste des femmes
    Book Description:

    Sages-femmes, religieuses, sœurs hospitalières, bénévoles, infirmières de la Croix-Rouge, de colonie, militaires, en psychiatrie, assistantes sociales et professionnelles de la santé sont icisujetsde l'histoire dans le large champ des services de santé au Québec et au Canada. Plus qu'un sujet, il est ici question d'une extraordinaire caste. Soucieux de fermer le fossé linguistique qui divisa non seulement la pratique, mais aussi l'historiographie de la médecine au Canada et au Québec, l'ouvrage collige des recherches récentes dans le champ historique de la santé réalisées par des historiennes et des historiens francophones et anglophones.

    Une invitation à découvrir sur plus d'un siècle la place prédominante de plusieurs générations de femmes qui ont participé activement au développement du système de santé au Québec et au Canada.

    eISBN: 978-2-7603-2040-6
    Subjects: Sociology, Health Sciences

Table of Contents

  1. Front Matter
    (pp. 1-4)
  2. Table of Contents
    (pp. 5-6)
  3. Introduction
    (pp. 7-14)
    Marie-Claude Thifault

    Touchée par la colère de Micheline Dumont¹ concernant la place compensatoire que les femmes occupent dans l’histoire, mon intention est ici d’inscrire de façon significative le sujet « femmes » dans le large champ des soins de santé au Québec et au Canada. Cette démarche est indissociable de mon désir de répondre à la question de MmeDumont, à savoir « le sujet “femmes” existe-t-il ? » Cette impulsion m’est venue subitement en salle de classe, alors que j’étais debout devant 80 étudiantes et étudiants et que l’un d’entre eux a levé la main pour me demander : « Excusez-moi,...

  4. I. Femmes de Dieu, femmes d’affaires, philanthropes
    • I Le soin des âmes : discours et programmes d’intervention des Sœurs du Bon-Pasteur d’Angers auprès des filles délinquantes et en danger à Montréal au XIXe siècle, 1869-1912
      (pp. 17-34)
      Véronique Strimelle

      En 1869, l’Acte concernant les écoles d’industrieet l’Acte concernant les écoles de réformejettent les bases du premier réseau institutionnel de prise en charge des mineurs jugés délinquants, abandonnés ou maltraités au Québec. La mise en place de ce réseau participe à un vaste mouvement d’institutionnalisation qui traverse alors le XIXesiècle et touchera de nombreux pays occidentaux. Ce mouvement contribuera à la création d’établissements d’enfermement de plus en plus spécialisés, censés prendre en charge les différentes formes de « manque » constatées dans les sociétés de l’époque : manque de ressources matérielles, mais aussi manque d’aptitudes à fonctionner...

    • II Des femmes anglo-protestantes s’attaquent aux questions sanitaires. Les multiples facettes des soins de santé à Montréal au XIXe siècle et au début du XXe
      (pp. 35-58)
      Janice Harvey

      C’est ainsi que le dispensaire diététique de Montréal explique sa contribution indispensable aux efforts sanitaires déployés pour combattre la maladie chez les démunis. De même, d’autres organisations dirigées par des femmes s’attaquent à des problèmes de santé publique et portent secours aux enfants abandonnés, aux orphelins, aux nourrissons, aux personnes âgées et aux convalescents. La majorité de ces initiatives voient le jour au XIXesiècle, période que les historiens désignent souvent comme le siècle du bénévolat. Et les femmes constituent la plupart des soldats de cette armée de bénévoles.

      De nombreuses femmes participeront en effet à l’élaboration du système de...

    • III Mobilisées, organisées et aptes à s’occuper des autres : le travail sanitaire des femmes de la Croix-Rouge au Canada au XXe siècle
      (pp. 59-78)
      Sarah Glassford

      Pendant l’hiver 1900, un groupe de dames montréalaises très en vue s’organise sous la bannière de la Croix-Rouge. Leur comité « recueille de l’argent, achète du matériel, fabrique des vêtements et produit des fournitures pour hôpitaux² », y compris des bandages et des pansements chirurgicaux, que l’Hôpital Royal Victoria accepte de stériliser. Le comité envoie les fruits de son travail – qu’il s’agisse d’argent ou d’articles divers – au lieutenant-colonel G. S. Ryerson, représentant de la Croix-Rouge en lointaine Afrique du Sud, afin que ceux-ci soient distribués aux soldats venus du Canada (ou d’autres territoires de l’Empire britannique) pour participer...

    • IV Les religieuses hospitalières du Québec au XXe siècle : une main-d’œuvre active à l’échelle internationale
      (pp. 79-102)
      Aline Charles and François Guérard

      En 2004, Cynthia Toman et Meryn Stuart suggéraient que l’histoire canadienne de la santé se penche davantage sur les communautés religieuses féminines (et masculines), comme cela se faisait au Québec¹. Des chercheuses, surtout, ont effectivement remonté plusieurs des pistes tracées par ces femmes en sol québécois, là où l’Église catholique joua longtemps un rôle de premier plan en matière de santé. Leur impact décisif sur la profession infirmière, leur organisation du travail si particulière, leurs rapports complexes avec l’État, l’évolution si révélatrice de leurs bâtiments institutionnels, l’imbrication étroite de leurs hôpitaux et de leurs communautés ont par exemple été sondés²....

  5. II. Pionnières en soins infirmiers
    • V Aller au-delà de l’identité d’une infirmière de dispensaire de la Croix-Rouge : le parcours de Louise de Kiriline, 1927-1936
      (pp. 105-126)
      Jayne Elliott

      Si les spécialistes de l’histoire des infirmières au Canada connaissent Louise de Kiriline, c’est d’abord parce que le DrAlan Dafoe lui a confié la garde des quintuplées Dionne, ces bébés chétifs nés en mai 1934 dans un petit village situé au sud de North Bay. En cette époque sombre où sévit la dépression, leur survie tient du miracle et suscite un engouement national, en plus de retenir l’attention du monde entier. Même si Louise de Kiriline ne s’occupe des sœurs Dionne que pendant leur première année de vie, son nom, bien qu’éclipsé par la renommée dont jouit leur médecin...

    • VI Des traces sur la neige : le passage des infirmières dans les régions isolées du Québec, 1932-1972
      (pp. 127-156)
      Johanne Daigle

      C’est en ces termes que l’infirmière Blanche Pronovost relatait ses propres souvenirs parmi les colons de l’Abitibi, de 1936 à 1938, à l’occasion du 25eanniversaire de fondation de la paroisse de Villebois. Cinquante ans après les faits, son histoire donnait vie à Blanche, le personnage de fiction du célèbre roman d'Arlette Cousture, bientôt adapté pour une série télévisée qui allait connaître un immense succès populaire². Le succès du personnage, plus grand que nature, renvoie davantage aux valeurs féministes et nationalistes québécoises des années 1990 qu’à la réalité historique. Blanche Pronovost compte de fait parmi les nombreuses infirmières du Québec...

    • VII Au front et à l’avant-garde des progrès de la médecine : le rôle essentiel des infirmières militaires canadiennes, 1939-1945
      (pp. 157-182)
      Cynthia Toman

      C’est une conjonction de facteurs – la guerre, les rapports de genre et la technologie médicale – qui a justifié le recours aux infirmières militaires. Elles étaient les seules femmes admises au sein de l’univers masculin des forces armées lors du déclenchement des hostilités. Au moins 4079 infirmières se sont enrôlées dans les trois armées (l’armée de terre, la marine et l’aviation) pendant la Seconde Guerre mondiale. À l’instar de celles qui avaient servi lors de la Première Guerre mondiale, on les appelait respectueusement « ma sœur » (nursing sisters). Peu à peu, elles se sont révélées essentielles au fonctionnement...

  6. III. De gardes-malades à professionnelles de la santé
    • VIII « À la fois infirmière et travailleuse sociale » : les infirmières militaires et le service social en santé dans l’entre-deux-guerres
      (pp. 185-204)
      Mélanie Morin-Pelletier

      Au cours des deux dernières décennies, les recherches portant sur l’histoire des soins infirmiers militaires se sont multipliées. Après avoir examiné la contribution des infirmières à l’effort de guerre, des historiennes ont étudié l’origine sociale et le vécu des femmes enrôlées, l’affirmation de leur identité comme infirmières, comme militaires et comme femmes, leur statut dans l’armée, leur rôle dans l’hôpital militaire, les relations qu’elles ont entretenues avec les combattants et leurs perceptions de l’aventure militaire³.

      En revanche, très peu de chercheurs ont exploré les trajectoires empruntées par les infirmières militaires au lendemain de la guerre. En 1980, Lyn MacDonald affirmait...

    • IX L’intervention sociale en psychiatrie : le rôle des premières assistantes sociales à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Montréal, 1920-1950
      (pp. 205-228)
      Isabelle Perreault

      Dans son étude sur l’histoire du service social de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu rédigée par sœur Louise de l’Assomption en 1951, on lit que c’est en 1936 que le département de service social est mis sur pied dans cette institution. Toujours selon elle, c’est dans ce service que les assistantes sociales colligent les informations sur l’histoire psychosociale des patients afin de trouver les causes de leur désordre mental². Ces informations sont par la suite transmises aux psychiatres sous forme de rapport. On y trouve l’état de la situation financière, sociale et familiale du malade ainsi que ses relations de bonne entente ou...

    • X Du traitement moral à l’occupation thérapeutique : le rôle inusité de l’infirmière psychiatrique à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, 1912-1962
      (pp. 229-250)
      Marie-Claude Thifault and Martin Desmeules

      C’est au cœur de l’arrondissement montréalais Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (MHM) que sont ancrés les vestiges de l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu. Les pavillons de pierre, érigés à la fin des années 1890, sont actuellement coincés entre un centre commercial, une autoroute, une station de métro et le complexe d’habitation des Cours Lafontaine². Cet hôpital, devenu le Centre hospitalier Louis-H.-Lafontaine en 1976, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un nouveau quartier qui s’est développé sur une vaste partie de l’ancienne propriété de l’institution asilaire. L’environnement rural caractérisé par son isolement, autrefois propice aux soins des malades mentaux, s’est franchement urbanisé. Si bien que ce secteur, jadis...

    • XI Un autre modèle de femmes soignantes : infirmières et professions paramédicales au Québec, 1940-2010
      (pp. 251-268)
      Julien Prud’homme

      À la fin du mois de novembre 1955, le DrGustave Gingras, pionnier de la réadaptation physique au Canada et dirigeant fondateur de l’Institut de réhabilitation de Montréal, préside la réunion du comité pédagogique de l’École de physiothérapie et de thérapie occupationnelle. Logée à l’Institut et affiliée à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, l’École a été fondée l’année précédente pour fournir aux médecins francophones les auxiliaires féminines spécialisées, physiothérapeutes ou ergothérapeutes que requiert leur pratique. À l’ordre du jour de la réunion : la création d’une nouvelle section d’orthophonie-audiologie, qui servira aussi cette fin. Comme il n’existe...

  7. IV. Militantes féministes
    • XII La renaissance des sages-femmes dans la région de Kootenay, en Colombie-Britannique, 1970-1990
      (pp. 271-296)
      Megan J. Davies

      À l’instar d’Abra Palumbo, des femmes qui ne redoutent ni les réalités physiques de la naissance, ni leur statut professionnel hors la loi participent à une redéfinition radicale de la naissance au Canada, des années 1970 jusqu’au début des années 1980³. Parents et sages-femmes s’allient à des médecins solidaires de leur cause pour lancer une offensive contre l’accouchement en hôpital qui, selon eux, médicalise un processus naturel traité comme une pathologie. Ce mouvement social engendre une nouvelle perception de la naissance, non plus considérée comme un acte médical, mais bien comme un événement faisant intervenir la collectivité, la féminité et...

    • XIII Loin de chez moi : tourisme de l’avortement, espace carcéral et exil forcé au XXe siècle
      (pp. 297-314)
      Christabelle Sethna

      En août 2009, le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, présente à l’Assemblée nationale le projet de loi 34, qui vise à réglementer les activités de soins dans les cliniques privées qui pratiquent des chirurgies. Or, ces nouvelles dispositions menacent indirectement les cliniques d’avortement de fermeture en exigeant que toutes les interventions soient pratiquées en bloc opératoire. Devant l’opposition virulente du Collège des médecins du Québec, le ministre Bolduc exempte les cliniques d’avortement de l’application de ces dispositions¹. Néanmoins, la version initiale du projet de loi démontre clairement que l’interruption de grossesse n’a nul besoin d’être illégale pour...

  8. Conclusion
    (pp. 315-318)
    Marie-Claude Thifault

    La richesse des sujets discutés pendant le cours d’histoire des soins de santé a finalement été un excellent prétexte pour justifier la réalisation de cet ouvrage collectif qui réunit des spécialistes dont les recherches s’intéressent tant au large champ de la santé qu’à la visibilité du sujet « femmes » dans l’historiographie. À cela s’ajoute également le défi d’une collaboration permettant le dialogue entre les deux solitudes québécoise et canadienne.

    Le fait de réunir des chercheurs dont les travaux mettent en valeur la présence féminine dans l’univers des services de santé pour collaborer à la rédaction d’un ouvrage en français...

  9. BIBLIOGRAPHIE
    (pp. 319-348)
  10. NOTICES BIOGRAPHIQUES
    (pp. 349-354)
  11. INDEX
    (pp. 355-372)