La frontière au quotidien

La frontière au quotidien: Expériences des minorités à Ottawa-Gatineau

Anne Gilbert
Luisa Veronis
Marc Brosseau
Brian Ray
Copyright Date: 2014
Pages: 387
https://www.jstor.org/stable/j.ctt9qh3vm
  • Cite this Item
  • Book Info
    La frontière au quotidien
    Book Description:

    La région d'Ottawa-Gatineau a quelque chose d'unique. Traversée par la frontière provinciale qui a la plus forte charge symbolique au pays, elle se caractérise par une dynamique particulière. De part et d'autre de la frontière, les populations, les cultures et les pratiques sont différentes. D'aucuns investissent la région d'une mission particulière : contribuer à limiter les risques de dislocation du Canada en favorisant une territorialité transfrontalière des individus et des groupes pour devenir ainsi le creuset d'une nouvelle identité canadienne. Les populations minoritaires sont plus vulnérables et davantage susceptibles de mettre en place des stratégies particulières pour tirer profit des occasions qu'offre la frontière. Cet ouvrage, rédigé par quatre géographes de l'Université d'Ottawa, jette un éclairage nouveau sur les effets intrinsèquement ambigus et contradictoires de la frontière dans la région de la capitale nationale.

    eISBN: 978-2-7603-2133-5
    Subjects: Population Studies, Sociology

Table of Contents

  1. Front Matter
    (pp. i-iv)
  2. Table of Contents
    (pp. v-vi)
  3. PROLOGUE Ottawa et ses multiples frontières
    (pp. vii-x)
    Caroline Andrew

    Sous des dehors plutôt simples, voire communs, Ottawa est une ville complexe. La ville est traversée de plusieurs frontières qui divisent, de ponts qui unissent, de catégorisations qui éloignent et de définitions qui rapprochent. Une frontière existe entre les niveaux de gouvernement, par exemple, entre la Ville d’Ottawa et le gouvernement fédéral. Cette frontière s’est installée depuis le choix d’Ottawa comme capitale des provinces-unies du Bas et du Haut-Canada. Le représentant du gouvernement britannique qui a conseillé à la reine Victoria de choisir Ottawa soulignait: «its wild position, and relative inferiority to the other cities named» (Eggleston 1961,...

  4. Introduction
    (pp. 1-20)

    Du haut des airs, la région métropolitaine d’Ottawa-Gatineau n’a rien d’exceptionnel. Un centre-ville, avec son paysage habituel d’immeubles en hauteur, son quadrillage de voies de circulation plus ou moins achalandées selon l’heure du jour, ses parcs et quelques rares autres espaces qui ont échappé aux pelles des promoteurs immobiliers, flanqué tout autour de banlieues résidentielles, collection de quartiers plus ou moins denses reliés par des couloirs commerciaux, et de zones industrielles et autres carrefours d’emploi qui ont poussé à la faveur de l’étalement urbain. Un examen plus attentif du paysage révèle certes certains attributs particuliers de la région, qui, de...

  5. PARTIE 1 Deux provinces, une région, deux villes, une frontière
    • CHAPITRE 1 Le paradoxe de la frontière
      (pp. 23-40)
      Marc Brosseau

      Le foisonnement accéléré des travaux portant sur la frontière en géographie, en sciences politiques, en sociologie, en anthropologie, voire en études littéraires, rend nécessairement un peu présomptueuses toute tentative d’écrire quoi que ce soit de fondamentalement neuf sur le sujet des points de vue conceptuel ou théorique. Revues specialisees, collectifs du type «companion to» artiscle de synthèse, sans parler des dizaines d’ouvrages portant sur des contextes frontaliers aussi divers que les thématiques abordées, se multiplient et fournissent d’excellentes mises au point sur le champ des études sur la frontière et ses transformations. Je n’oserai pas ici me risquer...

    • CHAPITRE 2 La fonction capitale et l’emploi
      (pp. 41-58)
      Caroline Andrew, Brian Ray, Guy Chiasson and Marie Lefebvre

      Étanche à plusieurs égards, la frontière qui traverse la région d’Ottawa-Gatineau agit en d’autres circonstances comme une interface en permettant des liens étroits entre les deux villes, au gré d’un marché du travail fortement intégré. L’emploi y est relativement similaire, celui-ci étant essentiellement caractérisé par la fonction capitale de la région. Ainsi, pour la plupart des résidants de la région de la capitale nationale, l’économie de la région rime essentiellement avec les nombreux immeubles occupés par les divers ministères du gouvernement fédéral de part et d’autre de la rivière. Dominée dans l’imaginaire des gens par la fonction publique fédérale et...

    • CHAPITRE 3 Les langues et la culture dans l’espace régional
      (pp. 59-86)
      Marie Lefebvre, Anne Gilbert and Brian Ray

      La région d’Ottawa-Gatineau est caractérisée par une dynamique unique où les inégalités sont perceptibles dans l’espace régional politique et économique, tout comme dans le paysage social, culturel et linguistique. Il existe de réelles différences entre les deux côtés de la frontière et c’est précisément autour de la langue et de la culture que les fractures sont le plus marquées. De part et d’autre de la rivière des Outaouais, la langue d’usage n’est pas la même, une différence que le découpage politique a sûrement contribué à amplifier. Alors que le français est la langue d’usage public du côté québécois, où elle...

    • CHAPITRE 4 Géographies tranquilles du quotidien
      (pp. 87-102)
      Anne Gilbert and Brian Ray

      C’est par les « géographies tranquiles du quotidien¹ » que nous abordons l’expérience de la frontière des minorités de la région de la capitale nationale. La géographie en fournit l’ancrage. Cette approche est étayée par les réflexions sur le poids des contraintes historiques et matérielles sur l’action, tout en s’intéressant à l’univers concret des pratiques par lesquelles se construisent les espaces sociaux. Cette géographie place au centre de l’analyse l’individu, ses activités et les relations qu’il entretient à l’échelle de son quartier et dans les multiples autres lieux dans lesquels il évolue au quotidien. elle répertorie ses itinéraires, dance of...

  6. PARTIE 2 Territoires:: les stratégies transfrontalières
    • [PARTIE 2 Introduction]
      (pp. 105-114)

      Ottawa ou Gatineau ? Ontario ou Québec ? Quel est le meilleur endroit pour vivre dans la région de la capitale nationale ? Cette question, d’apparence banale, revêt dans une région frontalière comme la nôtre une dimension particulière. La frontière qui la traverse représente une discontinuité majeure de l’espace (voir les chapitres 2 et 3). De part et d’autre de la rivière des Outaouais, les populations, les cultures, les législations et le droit diffèrent. La frontière fait aussi se rencontrer deux modèles différents de développement, auxquels correspondent des fiscalités et des politiques publiques contrastées dans plusieurs domaines de la vie...

    • CHAPITRE 5 L’expérience de la frontière des minorités de langue officielle
      (pp. 115-128)
      Anne Gilbert and Marc Brosseau

      Les minorités francophone et anglophone de Gatineau-Ottawa jouiraient d’une localisation privilégiée. À proximité d’espaces majoritaires, leurs membres n’auraient qu’à traverser la frontière pour avoir accès aux ressources nécessaires pour vivre dans leur langue et transmettre leur culture. Au quotidien, les choses ne sont cependant pas si simples. La frontière provinciale n’est pas qu’interface. Elle crée aussi des barrières relativement étanches, dans des secteurs-clés de la vie collective, dont l’éducation, la petite enfance et la santé. Les programmes municipaux sont loin de s’équivaloir dans des domaines tels que le logement, ce qui ajoute aux discontiniutés spatiales dans l’offre de services. Jusqu’à...

    • CHAPITRE 6 Défis et opportunités pour les nouveaux arrivants à Ottawa-Gatineau, ville bilingue et transfrontalière
      (pp. 129-152)
      Luisa Veronis

      Depuis le début des années 2000, l’établissement des immigrants dans les petites villes et les villes de taille moyenne a suscité un intérêt grandissant tant au sein des milieux universitaires que politiques (par exemple,Études ethniques au Canada2005 ;Nos diverses cités2006, 2007a, 2007b, 2008 et 2009;Journal of International Migration and Integration2008). Cet intérêt a été moussé par les appels réitérés des trois niveaux de gouvernement du Canada pour une plus grande régionalisation de l’immigration. Celle-ci était en effect devenue nécessaire pour contrer la pression suscitéc par les flux importants de nouveaux arrivants vers les principaux...

    • CHAPITRE 7 Parcours de vie à la frontière: stratégies d’établissement des familles immigrantes
      (pp. 153-166)
      Luisa Veronis and Brian Ray

      Le simple fait de migrer d’un pays à un autre engendre des de nouvelles vies professionnelles, les enfants s’adaptent à de nouvelles institutions d’enseignement, et les rôles de chacun au sein du ménage se transforment (Kobayashi et Preston 2007). Ces changements s’ajoutent aux transitions qui ponctuent le parcours de vie de leurs members — mariages et divorces, entrée sur la merché du travail et retraite, naissances et décès, maladies, etc. —, occasionnant pour ces familles des ruptures parfois profondes. Non seulement les immigrants doivent-ills composer avec tous ces événements qui scandent la vie d’une famile, mails ills doivent en même temps...

    • CHAPITRE 8 Frontière mobile et portative
      (pp. 167-180)
      Marc Brosseau

      À regarder la région d’Ottawa-Gatineau d’en haut, à la contempler avec la perspective de la cartographie, la frontière provinciale semble posséder un caractère permanent, immuable, institutionnalisé et, en quelque sorte, inaltérable. Elle constitue alors une donnée fondamentale de la géographie locale avec laquelle il faut composer, une forme de structure (politique, juridique, administrative, etc.) qui module, en fonction des réalités, des secteurs d’activité et des groupes concernés, un ensemble complexe de contraintes et de possibilités qui obéissent à son tracé. Or comme le suggèrent Dear et Leclerc dans leurs analyses des espaces culturels de la zone frontalière de la Bajalta...

  7. PARTIE 3 Jeux de miroir:: les identités à la frontière
    • [PARTIE 3 Introduction]
      (pp. 183-190)

      La promenade du Portage était, dans les années 1980, un secteur emblématique de Hull. (Brosseau et Gilbert 1996). Les Québécois francophones de la région s’y retrouvaient toutes les fins de semaine dans les restaurants et bars de la place Aubry et de la rue Laval. Ils y refaisaient le monde sur les nombreuses terrasses qui animaient déjà le quartier, ou encore dans des intérieurs souvent vieillots dont le décor rappelait leurs racines. Même la musique des discothèques les plus branchées évoquait la culture française. Entre deux airs empruntés au palmarès anglophone de l’heure, les DJ n’hésitaient pas à glisser une...

    • CHAPITRE 9 Interroger son identité à la rencontre de la majorité: la frontière asymétrique des minorités de langue officielle
      (pp. 191-204)
      Anne Gilbert and Marc Brosseau

      Pour les minorités de langue officielle du Canada, la principale figure de l’altérité n’est certes pas déterminée spatialement. Caractérisées par une répartition qui offre peu de prise à la formation de communautés définies par le territoire, elles ont peu tendance à se concevoir à travers le prisme de la géographie. Anglo-Québécois et francophones de l’extérieur du Québec font bien sûr référence à certains lieux et territoires comme partie intégrante de leur patrimoine collectif. Ils développent aussi certaines « identité », selon la formule de Jacques Lévy (1999), et ils en tirent non seulement une certaine fierté, mais aussi une in...

    • CHAPITRE 10 Une géographie pragmatique: les immigrants chinois et la frontière
      (pp. 205-226)
      Brian Ray

      La diversité ethnique et raciale est une des caractéristiques fondamentales de la région métropolitaine d’Ottawa-Gatineau. La migration internationale a eu, au cours des derniers trente ans, des effets marqués sur la composition de la population, qui aujourd’hui ne peut plus être considérée comme un bastion de bureaucrates francophones et anglophones et leurs familles. Cette diversité donne lieu à des processus complexes par l’entremise desquels les différents groupes s’organisent dans l’espace de la ville et en interprètent les fractures politiques, linguistiques et transfrontalières. Il n’est pas impossible d’imaginer que, devant une telle diversité, certains groupes tentent de se soustraire de la...

    • CHAPITRE 11 Lieu, culture et appartenance dans une ville transfrontalière : les récits des immigrants
      (pp. 227-254)
      Luisa Veronis

      Les récits que livrent les immigrants sur leur expérience quotidienne et de leurs pratiques à Ottawa-Gatineau en disent long sur la construction de leur appartenance et de leur identité. Ils illustrent les liens étroits et inextricables entre lieu, culture et identité, tout en montrant la façon dont la frontière agit sur la représentation de soi. De leurs interactions quotidiennes avec chacune des deux majorités de la région — anglophones à Ottawa (Ontario) et francophones à Gatineau (Québec)² —, émerge une expérience fortement contrastée sur le plan de l’appartenance de part et d’autre de la frontière interprovinciale qui traverse la région. Les...

  8. PARTIE 4 Aimant et repoussoir:: frontière et citoyenneté
    • [PARTIE 4 Introduction]
      (pp. 257-264)

      Le Plateau de la Capitale est un quartier qui chevauche les secteurs de Hull et d’Aylmer à Gatineau. Il est situé au Québec et ses résidants sont donc québécois. Ils reçoivent les services offerts à ses citoyens par l’État québécois, auquel ils paient, qu’ils le veuillent ou non, leurs impôts. Pourtant, les voitures garées devant les maisons du quartier sont pour un très grand nombre d’entre elles immatriculées en Ontario. Certes, l’étroite intégration de Gatineau et d’Ottawa l’explique. Les citoyens des deux provinces se côtoient, se visitent, échangent des services, de façon formelle ou informelle. Il n’est donc pas surprenant...

    • CHAPITRE 12 Habiter Gatineau depuis la marge anglophone
      (pp. 265-280)
      Anne Gilbert and Luisa Veronis

      Le Québec a toujours été majoritairement francophone et le pouvoir politique entre les mains des francophones. Mais le coeur économique du Québec, Montréal, a été jusque dans les années 1960 une ville « anglaise », dans le sens où les Britanniques, même s’ils n’y étaient pas majoritaires en nombre, détenaient le pouvoir économique (Levine 1990). Or, un ensemble de réformes audacieuses visant la promotion du français et l’accès des francophones aux plus hautes sphères de l’économie a, depuis, changé la donne. Montréal, et le Québec, sont devenus plus français, et le sentiment d’exclusion qui, jusque-là, avait caractérisé les francophones s’est...

    • CHAPITRE 13 La lutte des places au sein des institutions francophones d’Ottawa
      (pp. 281-294)
      Anne Gilbert

      Les interprètes de l’Ontario français sont unanimes : un fossé profond sépare les sociétés québécoise et franco-ontarienne, même si elles sont issues de la même souche (Allaire 1999 ; Bock 2007). Le rapport inégal au territoire en serait la cause première, et la modernisation et les transformations de l’appareillage institutionnel, la cause plus immédiate. Les États généraux du Canada français de 1967-1969, fortement traversés par le projet d’indépendance du Québec, constituent le symbole de cette séparation. On a observé, depuis ces États généraux, la consolidation de références différentes au Québec et dans le reste du Canada français : alors que...

    • CHAPITRE 14 Accueil des immigrants et (re)production de l’idéal canadien de citoyenneté
      (pp. 295-312)
      Luisa Veronis

      L’effet de la frontière sur la formation des identités nationales et de la citoyenneté constitue un thème récurrent de la géographie politique. Si la recherche s’est penchée traditionnellement sur les frontières et régions frontalières internationales (Kolossov 2005 ; Mountz 2009 ; Prokkola 2009), des travaux récents ont montré que les frontières internes, qui agissent à des échelles plus locales et qui sont souvent localisées au coeur même de la nation, contribuent elles aussi aux processus d’inclusion/exclusion et à la distinction entre citoyens légitimes et illégitimes (Amoore 2006 ; Mountz 2010 ; Nevins 2010 ; Brunet-jailly 2011).

      D’autres recherches, informées par...

  9. CONCLUSION La frontière réflexive: vie quotidienne et espace social dans la région de la capitale nationale
    (pp. 313-336)
    Anne Gilbert and Marc Brosseau

    La région d’Ottawa-Gatineau a quelque chose d’unique. Traversée par la frontière provinciale qui a la plus forte charge symbolique au pays, elle se caractérise par une dynamique particulière induite par ce qui, sur plusieurs plans, représente toujours une discontinuité majeure de l’espace, même si elle a été fixée depuis longtemps. De part et d’autre de la frontière, les populations, les cultures et les pratiques sont différentes. Les législations et le droit aussi. Ce territoire met en rapport dynamique deux modèles différents de développement, auxquels correspondent des fiscalités et des politiques publiques contrastées dans plusieurs domaines de la vie collective (par...

  10. ÉPILOGUE Frontière plurielle, frontière essentielle
    (pp. 337-344)
    Vincent Berdoulay

    La rivière des Outaouais a servi à délimiter une partie des territoires respectifs de l’Ontario et du Québec. Or, les régions qui s’organisent à partir des deux municipalités situées de part et d’autre de cette frontière, Ottawa et Gatineau, définissent elles-mêmes un espace social régional où les dimensions transfrontalières s’ajoutent à la complexité de celles qui sont d’ordre politique, culturel et économique. Il était donc tout à fait pertinent de se pencher sur la frontière comme outil d’analyse et d’interprétation de l’espace social régional, plutôt que de la voir comme une illustration de plus de ce que l’on sait déjà...

  11. Bibliographie
    (pp. 345-362)
  12. À propos des auteur(e)s
    (pp. 363-366)
  13. Remerciements
    (pp. 367-368)
  14. Index
    (pp. 369-375)
  15. Back Matter
    (pp. 376-376)