Skip to Main Content
Have library access? Log in through your library
Research Report

Etats-Unis :: le temps de la diplomatie transformationnelle

Justin Vaïsse
Copyright Date: Dec. 1, 2006
Pages: 122
OPEN ACCESS
https://www.jstor.org/stable/resrep06923
  • Cite this Item

Table of Contents

  1. (pp. 7-8)

    Le 18 janvier 2006, devant les étudiants de la School of Foreign Service de Georgetown, la secrétaire d’État Condoleezza Rice a mis en avant un concept nouveau pour décrire la politique qu’elle entend mener : la diplomatie transformationnelle (cf. annexe 1).

    « Je définirais l’objectif de la diplomatie transformationnelle de la façon suivante : elle consiste à travailler avec nos nombreux partenaires de par le monde pour construire et soutenir des États démocratiques, bien gouvernés, qui satisferont les besoins de leur population et se conduiront de façon responsable dans le système international. »

    Comme il serait abusif d’y trouver l’explication...

  2. (pp. 9-20)

    Qui a inventé l’expression « diplomatie transformationnelle » ? Tout porte à croire que c’est de Condoleezza Rice elle-même qu’elle émane, ou de son cercle très étroit (Jim Wilkinson a été cité comme un « inventeur » possible de la formule), le concept s’étant peu à peu précisé au cours de l’année 2005, pour être employé couramment, dans son sens actuel, à partir de décembre 2005 – janvier 2006¹.

    La filiation lexicale de la diplomatie transformationnelle est on ne peut plus claire : elle remonte aux victoires de la seconde guerre mondiale et de la Guerre froide. La référence pour...

  3. (pp. 21-28)

    Si les menaces à la sécurité des États-Unis proviennent désormais davantage de l’intérieur des États que de leur politique étrangère, alors le nation-building et l’aide à la bonne gouvernance deviennent plus importants que la diplomatie. Du coup, les diplomates voient leur travail redéfini. C’est précisément ce qu’implique la diplomatie transformationnelle :

    « Ce qu’il faut, déclare Philip Zelikow, conseiller spécial de Condoleezza Rice, c’est un corps diplomatique qui ne fait pas qu’écouter, observer et rapporter, mais qui aide les partenaires locaux à rendre le changement effectif sur le terrain. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie les conseiller sur la...

  4. (pp. 29-48)

    Pendant la Guerre froide, moment de sa naissance, la politique américaine d’aide au développement possédait une cohérence forte que lui conférait la lutte contre le communisme. Sur le fond, il s’agissait de promouvoir le développement économique et la prospérité des sociétés européennes, puis de celles du Tiers Monde, afin de réduire l’attractivité de l’idéologie communiste et les risques de révolution. Mais il s’agissait aussi, de façon plus directe, d’acheter de l’influence, du prestige, des autorisations de localisation de bases militaires, ou encore d’aider militairement les pays alliés – démocratiques ou non – à résister aux insurrections ou aux infiltrations communistes51....

  5. (pp. 49-62)

    Si le redéploiement géographique, la réforme de l’aide au développement et la création du poste de Director of Foreign Assistance ont été annoncés au moment de l’énonciation du concept de diplomatie transformationnelle, en janvier 2006, en revanche la réforme de l’outil de stabilisation et reconstruction est antérieure à l’apparition de ce concept. Mais il ne lui est pas moins intimement lié : quoi de plus transformationnel que la capacité à remettre sur pieds un pays ravagé par la guerre, mais aussi à démocratiser une dictature que l’on vient de renverser (Afghanistan, Irak) ? On est là au cœur du continuum...

  6. (pp. 63-72)

    Au sens strict, le Pentagone n’est concerné par la diplomatie transformationnelle que de façon indirecte, par la coordination accrue qui est mise en place avec ce ministère pour les opérations de stabilisation et reconstruction. Si l’on consacre malgré tout ce chapitre à un bref passage en revue de certaines réformes en cours au département de la défense, c’est pour deux raisons. D’une part, pour montrer que les logiques politiques qui président à la diplomatie transformationnelle (évolution idéologique de l’administration et bouleversements du contexte géopolitique) ont également eu un impact notable, et similaire par bien des aspects, sur le Pentagone. D’autre...

  7. (pp. 73-78)

    Ces remarques conclusives porteront non pas sur les changements bureaucratiques liés à la diplomatie transformationnelle au département d’État et, dans une moindre mesure, au département de la défense, mais plutôt sur la validité d’ensemble du concept de diplomatie transformationnelle, les limites de son champ d’application et son avenir.

    Il convient en premier lieu de saluer l’effort d’adaptation de la diplomatie américaine à un nouveau contexte géopolitique. C’est une attitude bien ancrée en Europe et ailleurs que d’adresser aux États-Unis une critique schizophrénique portant tout à la fois sur le manque de cohérence de leur politique étrangère, quand aucun concept d’ensemble...